Kéa
La discrète


Kéa dans les Cyclades vous connaissez ? Dans toutes nos conversations et expéditions, nous n’avons jamais rencontré quelqu’un qui la connaissait parmi les nombreux amoureux non-grecs de l’archipel. À une heure à peine du port de Lavrio, Kéa (Tzia, en grec) cultive en effet sa discrétion . Elle est l’un de ces secrets jalousement gardés par les Athéniens notamment.




Kéa n’est pas une île des Cyclades comme les autres. À l’inverse de la plupart de ses voisines, cailloux arides battus par le meltem, elle est agricole et dotée d’une belle campagne plantée d’oliviers, mais aussi de chênes, ce qui est plus rare. Un coin de paradis, élu par les Athéniens éclairés comme lieu de villégiature où quelques esthètes y ont construit d’élégantes maisons pour s’y retirer.


Ses collines verdoyantes, ses plages de sable fin, ses petites ruelles aux maisons traditionnelles et ses vestiges archéologiques sont encore totalement ignorés par les touristes. Peut-être parce qu’elle n’est pas desservie depuis le port du Pirée contrairement à ses consœurs mais celui de Lavrio bien moins connu des touristes. Ou serait-elle victime à tort, comme certaines autres îles, d’un procès en proximité excessive avec le continent ?





Peu importe les raisons, les habitants de l’île souhaitent coute que coute conserver leur havre de paix à échelle humaine. Ils n’en font donc pas la publicité et se battent contre les promoteurs immobiliers et le sur-tourisme. Parlez-leur du nouvel hôtel de luxe qui vient d’ouvrir sur l’ile et qui s’accapare les maigres ressources en eau pour alimenter notamment ses piscines. Vous comprendrez vite leur détermination à lutter.

Car prenons les choses ainsi : on peut légitimement souhaiter que la plage ne soit pas sur-aménagée ni bondée, que le rythme de la journée soit dicté par ses désirs et ses envies, que les chemins soient libres, que les habitants donnent l’impression de vivre chez eux. Que l’eau qui se fait de plus en plus rare serve en priorité aux besoins quotidiens des locaux.





Les paysages verdoyants de Kéa, peuplés de bétail, striés de terrasses de culture et parsemés de katikies, ces maisons de bergers plusieurs fois centenaires, donnent l’impression d’une île hors du temps. La route qui relie le port et Ioulida, la capitale, est mauvaise. Tout comme chacun des chemins caillouteux qui amènent aux somptueuses criques sauvages de l’île. L’infrastructure hôtelière est limitée et les liaisons avec les autres îles sont rares. Mais tout cela est un stratagème pour se protéger, vous l’aurez compris.



Résultat, la Méditerranée offre ici ce qu’elle a de meilleur. Température, clarté, propreté et calme: on nage ici dans ce que devaient être les eaux de Mykonos ou Santorin il y a cinquante ans. Les couchers de soleil à Kéa sont comparables à ceux de Santorin, certes sans la caldera, et ici vous n’avez pas à vous battre avec des bâtons à selfie et des foules interminables pour un siège au premier rang. Si vous êtes à Otzias, regardez vers la mer sur votre gauche. Vous voyez la petite montagne? Montez au sommet et trouvez un endroit où il n’y a que vous, la falaise et la mer.






La nuit tombée, on se dirige en direction du principal village de l’île, Ioulida, accroché à la montagne comme un verre de lit renversé et d’une beauté à couper le souffle. Enfin, on trouve une ambiance familière : ruelles, escaliers, murs blancs, petites échoppes et restaurants locaux se rapprochent de l’idée qu’on se fait d’une île grecque. Sur une petite place, on s’installe pour boire un ouzo et jouer aux cartes avant de commander les merveilles locales, à des tarifs imbattables. Après le dîner, on redescend en direction du port de Vourkari pour un dernier verre en musique.




Sur Kéa, l’essentiel ne se décrit pas, il se compose d’odeurs d’eucalyptus et de lauriers, de rafales de vent la nuit, de chants hystériques de criquets surdimensionnés, de couchers de soleil plus époustouflants les uns que les autres, d’une lumière à nulle autre pareille, de douces brises faisant frémir les délicates feuilles de tamaris qui bordent les sublimes plages, de l’absolue gentillesse de ses habitants.
On se souviendra longtemps de toutes ces soirées à rigoler sur la terrasse de notre logis avec nos hôtes, à écouter de la musique, à déguster des mets simples et savoureux, à dévorer des livres à la fraîche ou en plein soleil dans les criques sauvages. De ces retours de plage de fin d’après-midi, encore tous mouillés de nos baignades en se faisant des frayeurs en scooter sur les chemins sinueux , les appareils photos en bandoulière pour ne rater aucune image avec cette lumière si particulière qui nous est chère. Kéa bénéficie de cette douceur et chaleur de vivre, de cette langueur si sexy propre aux îles grecques. Un pur bonheur dont on ne se lasse toujours pas.





Kéa c’est
19 km de long par 9 km de large
Accessibilité
Capacité d’hébergement
Animation
Où se situe Kéa ? En Grèce, dans les Cyclades du Nord Ouest. C’est une des îles les plus proches d’Athènes.
Comment se rendre à Kéa ? En ferry depuis le port de Lavrio (beaucoup moins fréquenté que celui du Pirée), situé à 60 kilomètres au sud-est d’Athènes et à 30 minutes de route depuis l’aéroport. La traversée dure 1 heure.
Comment se déplacer sur l’île ? Beaucoup de routes de Kéa ne sont pas pavées, mais cela fait partie de sa magie. Pour explorer le côté plus sauvage de l’île (la partie est), vous aurez besoin d’un véhicule capable de rouler sur des chemins de terre et être un conducteur aguerri si vous optez pour un scooter. Il y a un service de bus fiable qui vous conduira de Korissia, le port, à Ioulida, la Hora ou capitale, et plusieurs jolies baies dont Otzias, Vourkari et Koundouros. Kéa dispose par ailleurs de 81 kilomètres de sentiers de randonnée (pour la plupart faciles), faisant partie d’un ancien réseau qui reliait les anciennes cités de l’île. Essayez l’itinéraire Ioulida-Otzias: un peu plus de cinq kilomètres, il vous emmène devant le lion de Kéa, avec une ligne d’arrivée rafraîchissante à la plage d’Otzias.
Où dormir ?
Pour une expérience inédite, au monastère de Panagia Kastriani. Perché sur un piton rocheux surplombant l’immensité de la mer, le lieu est inspirant et la nature grandiose. Aujourd’hui encore, le pope Leftéris et sa femme accueillent avec simplicité et chaleur les voyageurs qui souhaitent pour quelques jours se retirer du bruit du monde.
Kea Retreat : boutique-hôtel de 8 chambres à l’ambiance bohème : 4 chambres sur la plage et 4 sur les hauteurs. Emplacement exceptionnel très reculé, sur une plage quasi déserte, jardin méditerranéen et délicieux restaurant.
Kea Village Suites & Villas : sur les hauteurs de Ioulída, 11 chambres et suites avec vue sur le village et la mer.
Où se restaurer ?
Piatsa, en bas du village de Ioulída. Taverne où sont attablés les locaux. Essayer la louza, une charcuterie typique de l’île.
Vourkarion, restaurant chic du petit port de Vourkari à l’ambiance décontractée et poisson local.
I Kéa, sur la route entre Vourkári et Otzias. Petite taverne simple et délicieuse où les propriétaires produisent eux-mêmes œufs, légumes, fromage et viande.
Filippas, grande et typique taverne de viande locale qui surplombe les ports de Korissía et de Vourkári.
Ô Paparounas, Ioulida. Taverne authentique avec des spécialités locales et superbe terrasse avec vue panoramique sur le village.
Strofi tou Mimi à Vourkari. Certains disent que cet endroit fait les meilleures frites françaises en Grèce. Commandez un saganaki (fromage frit) en attendant que le cuisinier fasse griller votre poisson frais. Par ailleurs, si vous avez envie d’un peu d’action après le dîner, vous êtes au bon endroit pour boire un verre en musique.
Le livre à emporter dans sa valise ? Être un chêne, Sous l’écorce de Quercus de Laurent Tillon.
La song à inclure dans sa playlist ? My Cherie Amour de Stevie Wonder.
Et surtout où boire son Spritz ? Au Balcony, en plein cœur du village d’Ilouda.
Si j’avais su, …
Je serai venu ici bien avant…


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